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Edito

FAUT-IL ABOLIR L’ETAT EN RD-CONGO?

Que de conférences et de dialogues sur le Congo se sont succédé depuis la Table-ronde de Bruxelles (1960) jusqu’au Dialogue global et inclusif du Centre Interdiocésain (2016), sans jamais régler la crise de légitimité dans le pays, ni affranchir la population congolaise de sa misère.

Heureux qui, comme le Président Félix TSHISEKEDI, a trouvé la voix royale pour sortir le Congo de son errance : « déboulonner le système dictatorial ». Curieusement, le tollé n’a pas tardé dans les rangs de ses alliés et des épigones de la colonisation. Pourtant, le système à démolir est une entreprise plus vieille que la coalition FCC-CACH et tire ses racines dans les ornières de la colonisation laquelle a désarticulé les sociétés très solidaires d’Afrique (royaumes et empires) pour les substituer par des Etats monstrueux au service des puissances occidentales.

L’euphorie des indépendances africaines n’a duré que l’espace d’un matin. Car, les mêmes colons ont réussi à décapiter la lutte avec l’assassinat des leaders nationalistes et indépendantistes pour introniser leurs marionnettes recrutés parmi les évolués et instaurer sur les territoires colonisés des oligarchies engagées à piller l’Afrique comme une vache à lait.

L’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, DAG HAMMARSHJÖLD qui était pour l’indépendance des africains, en a payé les frais le 18 septembre 1961 au temps le plus fort de la sécession Katangaise, dans un accident d’avion à Ndola en Zambie resté un mystère jusqu’à ce jour.

Avec la bénédiction des parrains colonialistes, des coups d’Etat et règlements des comptes en série ont suffi pour neutraliser les opposants nationalistes et porter au pouvoir la plupart des Chefs d’Etats africains qui se sont vite érigés en monarques. Ensemble, ils vont installer un système de gestion qui déshumanise, aliène et maintient les populations dans la misère noire en dépit des immenses ressources naturelles que regorge leur continent.

En République Démocratique du Congo, le peuple a cru voir le bout du tunnel après la chute du Maréchal Mobutu en 1997 mais il a vite déchanté. Car, les mêmes dinosaures du MPR, mêlés aujourd’hui aux Kabilistes de l’AFDL, de l‘Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP), de la MP et du FCC, ainsi qu’aux Tshisekedistes ayant subi la transhumance politique, ne font que perpétuer ce même système calqué sur le modèle colonial en l’édulcorant avec des institutions de charme dites d’appui à la démocratie.

Ensemble, ils ont instauré une gouvernance anarchique et égocentrique vouée à l’enrichissement effréné de la classe politique, blottie sur une insouciance caractérisée vis-à-vis des attentes des populations et une confusion chronique de la fonction publique à la débrouille privée ou familiale. A cela s’ajoutent la corruption institutionnalisée et la violation récurrente des lois de la République et ce, dans une impunité atypique. Pourtant ce ne sont pas des hommes qui manquent pour résoudre le paradoxe congolais et créer l’Etat rationnel voulu par Friedrich William Hegel comme le lieu de reconnaissance par excellence d’autrui et de l’égalité de tous.

Les politiques d’abord !

L’arrivée de Félix Tshisekedi au Palais de la Nation le 24 janvier 2019 a suscité autant d’euphorie qu’à l’indépendance dans certains milieux. Mais empêtré dans les méandres de la coalition postélectorale, le Président fait déjà douter même sa base quant à sa capacité à réaliser le projet de société de l’UDPS.

Quatre mois pour trouver un Premier ministre, plus d’un mois pour former un gouvernement dans un pays où tout est urgent, tout porte à croire que le privilège est accordé aux intérêts des individus qu’à ceux du souverain primaire.

Bien que la Constitution RD Congolaise transpire tous les principes requis pour bâtir un Etat de droit, juste et prospère au cœur d’Afrique, la classe politique privilégie plutôt des intérêts partisans et des pratiques qui érigent les antivaleurs (corruption, tribalisme, inégalités…) en système de gestion. Ces pratiques qui remettent en cause l’existence même de l’Etat en RD Congo, ont atteint leur paroxysme avec les scandales à répétition à la Cour Constitutionnelle siégeant en matière des contentieux électoraux. L’invalidation en série des élus, sujette à contestation, est une preuve éloquente que toutes les tentatives et initiatives pour régler la crise de légitimité du pouvoir en RDC se sont soldées par un échec.
Par conséquent, le Congo se trouve, analyse le professeur anthropologue Kabamba,

dans une « situation où un groupe d’individus décident d’arracher le pouvoir sur les habitants, siphonnent les richesses du pays à leur propre avantage, politisent l’administration publique ainsi que la justice et deviennent des intouchables du système dans une impunité atypique ».

Que faire

« Avec un Etat pareil qui s’auto-légitime et compromet l’avenir du pays, les 80 millions des Congolais se perdront dans une précarité inhumaine ; ce n’est pas un Etat à réformer mais à abolir pour reprendre l’initiative citoyenne de lutte contre les classes prédatrices », pense cet anthropologue et philosophe congolais basé aux USA.

Ces classes prédatrices sont les animateurs des institutions qui, au-delà de leur incapacité à rencontrer les attentes du peuple, livrent le pays aux vautours pour piller littéralement ses richesses à travers des contrats léonins pour se maintenir au pouvoir. Là où l’Angola pille le pétrole congolais, le Rwanda, l’Afrique du Sud, la Chine, l’Europe et l’Amérique les minerais stratégiques, le Congo Brazza et la France de Macron veulent un pont pour capter la manne commerciale conquise jusqu’ici par l’empire indopakistanais.

Lorsque, 59 ans après l’indépendance, un Etat ne peut assumer ses missions régaliennes, défendre le territoire national, sécuriser la population et ses biens, transformer les ressources naturelles du pays pour offrir les meilleures conditions de vie à son peuple, respecter et faire respecter les lois de la République, il devait cesser d’exister faute de légitimité.

Face à cette situation, les tenants du pouvoir croient encore éperdument aux réformes, à la multiplication des partis politiques ou encore aux alliances de partage du gâteau pour continuer à colmater les brèches; tandis que ceux qui aspirent au pouvoir croient au changement d’hommes pour sauver cet avatar de l’Etat. Pourtant même les opposants ayant promis ciel et terre en décembre 2018 se sont cassé le nez quand Delly Sessanga a proposé son initiative de réduire le train de vie des institutions et les inégalités criantes entre les différentes catégories sociales.

C’est pourquoi dans l’opinion, des analystes indépendants qui comprennent que le mal est dans le système, estiment que « la seule solution pour résoudre les défaillances de l’Etat actuel est de l’abolir pour le remplacer par une organisation sociale affranchie du capitalisme sauvage et à même de rencontrer les attentes des Congolais dans leur diversité ». Mathieu 9 :17.

Cela exige une nouvelle impulsion citoyenne qui puisse ramener le compteur à zéro afin de démolir l’hyper-politisation de la société congolaise, renouveler l’ensemble de la classe politique, restaurer l’âme de la nation et imposer le retour aux valeurs universelles dans la gouvernance publique. Sans cette dynamique, l’Etat actuel serait condamné à errer, à flageller son peule jusqu’à renforcer son esclavage.
Martinez NGYALUKA

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